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Les exclus

L’éducation à l’intérieur de la famille conditionne le rapport à l’école et, ainsi, au marché du travail. La violence physique et psychologique subie par les jeunes sans domicile ralentit leur capacité à apprendre. De plus, les jeunes sans domicile appartiennent le plus souvent aux classes sociales populaires, ce qui réduit les chances de recevoir une aide matérielle et intellectuelle de la part de leur entourage. La plupart des jeunes sans domicile ont une trajectoire scolaire déviante caractérisée par l’école buissonnière, l’abandon, la suspension ou l’exclusion des institutions, l’obtention d’un diplôme peu valorisé sur le marché du travail ou l’absence de diplôme. Certains jeunes suivent des programmes spécialisés et y renoncent également. Les trajectoires scolaires induisent les trajectoires professionnelles.

Les épisodes sans domicile fragilisent le lien avec l’école, le travail et provoquent même encore davantage de ruptures. Les jeunes sont soit chômeurs, soit travailleurs avec peu de qualification et/ou travailleurs avec de faibles salaires. Ils occupent des emplois légaux, illégaux, ou des « petits boulots ». Certains n’ont jamais travaillé ou ont été renvoyés. D’autres ont arrêté de travailler et ne veulent plus travailler du tout. Par ailleurs, des jeunes à Paris sont connectés au travail par le biais du bénévolat et les stages, ont un diplôme professionnel et reçoivent un salaire de leur travail, tandis qu’aux États-Unis, ils obtiennent plus souvent un diplôme généraliste, le high school diploma. La plupart de ces jeunes ne sont pas insérés dans le marché du travail et éprouve le besoin vital de gagner de l’argent. Pour survivre, ils mendient et/ou recourent à la délinquance de survie. A Paris, les chances sont plus élevées d’abandonner les stages et à New York d’abandonner l’école. Ce sont les premiers résultats de nos recherches. Cette recherche va essayer de comprendre encore davantage les mécanismes d’exclusion scolaire et professionnelle dans le cas des jeunes sans domicile en France et aux Etats-Unis.

Les rêves ont des significations spécifiques dans le cas des pauvres, et en particulier des jeunes sans domicile. Ils concernent particulièrement les jeunes sans domicile et les jeunes en difficultés. L’imagination permet de s’échapper de son quotidien, de le transformer, même si cela est temporaire, de s’adapter à une dure réalité dure. Les rêves permettent de survivre. Ils deviennent ou non réels. Des jeunes rêves de se marier, de devenir parents et/ou de vivre avec leurs propres enfants. Certains rêvent d’avoir un emploi, un emploi qu’ils aiment. Avoir un emploi est un outil de changer son existence, de satisfaire ses intérêts économiques, de sortir de la rue, de devenir indépendant et de réaliser d’autres rêves plus ou moins dépendants : arrêt de la délinquance, mise en couple, paternté/maternité, accès au logement.

Des jeunes veulent devenir leur propre employeur. Créer sa propre entreprise permet de s’auto-employer, de déterminer ses propres règles. L’indépendance est privilégiée. Cette recherche pose deux questions principales : comment peut-on définir l’entrepreneuriat en France et aux Etats-Unis. Quelles formes prend-il dans ces deux pays dans le cas des jeunes vulnérables ?