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Le Nouvel Observateur. La Tunisie, 3 ans après : le chômage des jeunes diplômés reste un problème

Alors que les élus tunisiens votent la nouvelle constitution du pays, des problématiques comme le chômage continuent de frapper le territoire, trois ans après l’immolation de Mohamed Bouazizi et la révolution. Que fait le pays pour soutenir l’emploi, en particulier celui des jeunes ? Réponses de Naoufel Jammali, ministre de la Formation professionnelle et de l’Emploi.

La situation de l’emploi est difficile en Tunisie, mais il y a des chiffres qui peuvent nous donner espoir : on est parti sur une base de pratiquement 19% du taux de chômage en 2011 et nous sommes aujourd’hui à 15,7%. Donc un effort colossal a été fait.Bien évidemment, l’État a joué un rôle très important en la matière, il a été un grand recruteur.La dynamique économique n’est pas encore là, mais nous avons un grand espoir qu’elle se lance grâce aux solutions politiques actuelles, à l’apaisement politique, au consensus à propos d’un nouveau chef de gouvernement. C’est seulement dans ces conditions que le secteur privé se mettra à recruter, chose qu’il ne fait pas assez jusqu’à présent.
Comme en France, nous réformons la formation professionnelle
En premier lieu, nous avons essayé d’apaiser la situation d’un bon nombre de chômeurs détenteurs de diplôme supérieur, dans le cadre du programme d’encouragement à l’emploi. Nous avons donné à ces jeunes, au nombre de 53.000, un minimum de revenu leur permettant de bien gérer la situation de chômage qui est la leur.Nous avons aussi un programme national de création de micro-entreprises. L’État a engagé des sommes d’argent assez substantielles pour encourager les jeunes à s’établir à leur propre compte, en apportant un certain nombre de réponses favorables à des obstacles qui étaient de nature à les empêcher d’accéder à des lignes de financement.Enfin, nous avons lancé un projet de réforme de formation professionnelle en Tunisie. Je sais qu’en France, Michel Sapin travaille sur un projet similaire. Nous avons réussi aussi à transformer ce projet du ministère de la Formation professionnelle en un projet du gouvernement, puisqu’un conseil des ministres a entériné officiellement le projet de réforme. On est sorti avec un certain nombre de décisions que je qualifie de révolutionnaires, essentiellement la mise en place d’une autorité des ressources humaines, qui va être une autorité décisionnelle permanente.Je tiens à mettre en exergue le fait que ce projet de réforme a été mené par une expertise exclusivement tunisienne. On a acquis la conviction qu’après avoir ingurgité un certain nombre d’expériences internationales, y compris avec la France, la Suisse, l’Allemagne, le temps est venu que les Tunisiens aient leur propre approche politique.
Le problème des jeunes diplômés
De par la situation démographique de la Tunisie, le problème du chômage se pose avec beaucoup plus d’acuité pour les jeunes. En comparaison, nous n’avons pas véritablement de chômage des seniors.Je pense que maintenant, notre credo est de mettre un terme au chômage, non seulement des jeunes, mais aussi des jeunes détenteurs de diplômes d’enseignement supérieur. Car paradoxalement en Tunisie, plus vous êtes diplômés, plus vous avez de chance d’être au chômage.Cette situation nous a été imposée par un modèle économique basé sur des activités à très faible valeur ajoutée, qui ne requièrent pas un taux d’encadrement très élevé, et par une situation très difficile au sein de notre système éducatif. La quasi-totalité des diplômes octroyés n’ont en effet aucun rapport avec le marché de l’emploi.Nous travaillons d’arrache-pied pour améliorer tout ça.
Propos recueillis par Julien Billion (Umalis Lab) et Moez Ammar.