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La Tribune : Les compétences, clés de l’emploi

Le manque de compétences des demandeurs d’emplois est aujourd’hui le principal frein à la baisse du taux de chômage. C’est pourquoi nous devons investir sur les compétences… Par Julien Billion, directeur d’Umalis Lab.

Le chômage transforme l’emploi

La situation de l’emploi en France se détériore. Le chômage a augmenté de plus de 2 points en une vingtaine d’années. Selon l’INSEE, le taux de chômage est de 7,9% en 1990, de 9,8% en 2012 et de 10,1% en moyenne sur le premier trimestre 2014. Le chômage affecte, tout particulièrement, certaines catégories de la population lesquelles correspondent, d’après le pôle emploi, aux jeunes sans qualification ou sans diplôme, aux séniors de 50 à 54 ans et aux actifs peu ou non qualifiés. A contrario, les cadres et les professions intellectuelles supérieures sont davantage protégées du chômage.

Le chômage transforme l’emploi. Le contrat « classique » en CDI reste, toutefois, la norme. Selon l’INSEE, en 2011, les statuts des salariés sont répartis comme suit : intérimaires 2,4% ; apprentis 1,6% ; CDD 9,5% ; CDI 86,5%. Néanmoins, les manières de travailler évoluent. Les contrats précaires, les temps partiels, les CDD, les CDD en portage salarial ou les CDI en portage salarial émergent. A titre d’exemple, selon l’INSEE, la part des CDD et des contrats saisonniers parmi les jeunes salariés est de 11% en 1984 et se situe entre 25 et 30% depuis 1987.

Des compétences inadéquates

La France est engagée dans la lutte contre le chômage. Selon la DARES, ces dépenses correspondent à 2,3% du PIB. Une politique de l’emploi tournée autour des compétences s’avère fondamentale. Les compétences facilitent l’accès au marché du travail. Des questions se posent, en effet, actuellement, dans le recrutement. D’après l’OCDE, 20% des employeurs déclarent rencontrer des difficultés pour embaucher. Selon pôle emploi, la proportion des projets d’embauche jugés difficiles reste à un niveau élevé malgré la crise (35%) ; l’employeur rencontre des difficultés liées au manque de candidats ou à l’inadéquation de leurs compétences.

L’inadéquation entre les compétences des travailleurs et les actions à réaliser peut engender des conséquences néfastes sur le plan économique et social. Comme le spécifie l’OCDE, la surqualification ou la sous-qualification des compétences peut entraîner : perte de compétences, gaspillage des ressources utilisées pour acquérir ces compétences, insatisfaction au travail, accélération de rotation des salariés, inefficacité des méthodes de travail.

Tirer profit de ses compétences

A l’heure où le chômage est au plus haut, mobiliser, améliorer et ajuster les compétences au marché de l’emploi constituent un élément clé de la création et de la sauvegarde de l’emploi. S’engager dans les compétences est un pari potentiellement gagnant. Comme l’observe l’OCDE, une population dotée de compétences élevées exerce une influence sur la consommation des « produits fondés sur le savoir » : logiciel informatique, nouveaux média, base de données et bibliothèques électronique etc.) laquelle peut ensuite peser sur le commerce et favoriser la croissance.

Investir dans les compétences s’inscrit sur le long terme comme moins coûteux que les coûts engendrés par des éléments liés à des faibles compétences tels une mauvaise santé, un revenu plus faible, le chômage, l’exclusion sociale. Des chiffres de l’OCDE sont très évocateurs. Les individus possédant le niveau le plus faible des compétences élémentaires ont 1,4 fois plus de risques de souffrir de problèmes de santé et 1,5 fois plus de risques d’avoir un niveau de confiance globale plus faible que les individus possédant le niveau le plus élevé de compétences élémentaires.

Accompagner les travailleurs à tirer un maximum profit de leurs compétences, à les optimiser, à les parfaire, à les investir tout au long de leur parcours professionnel doit constituer une priorité. Selon l’OCDE, 30% des travailleurs des pays européens pensent détenir des compétences leur permettant de réaliser des tâches plus complexes que celles qui leur sont dévolues dans leur cadre professionnel actuel. Mieux appréhender également ses compétences permet d’estimer au mieux sa valeur sur le marché du travail, d’évaluer si se former est nécessaire, de trouver des missions et un emploi adaptés à sa trajectoire professionnelle et au marché de l’emploi, de satisfaire son employeur, de prendre la voie de la mobilité sociale ascendante. Utiliser efficacement ses compétences constitue une réponse au chômage de masse. Les compétences sont des clés d’un présent et d’un avenir meilleurs.