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Discours,reception,paradoxes

Nous allons réfléchir sur les discours de l’emploi par les biais de la réception, de la performativité et des paradoxes. Les discours du tous entrepreneurs, de la fin du travail, de la destruction de la protection sociale, du déclin de l’Europe, de la société en réseau, de l’entreprise de soi, du déterminisme technologique, de la génération Y… ont des effets majeurs sur la représentation du travail, sur le partage des rôles, sur la subjectivité des individus et sur la façon selon laquelle ces nouvelles situations peuvent être vécues.

Comment les individus construisent-ils leur identité, quels types de subjectivités sont-ils engendrés par de tels discours qui sont paradoxaux (soyez autonomes !), masculins (soulignant l’autonomie, le choix, la performance à l’exclusion du care et de la solidarité), largement contradictoires (entre les discours) et jamais atteignables (on peut toujours aller plus loin) ?

Plusieurs cadres théoriques pourraient permettre de problématiser ces questions, sous l’angle de la communication paradoxale, du la théorie du don (Mauss, Caillé), de la critique du libéralisme, de l’évolution du salariat et des systèmes de protection, de la théorie du genre… Ceux-ci seront mobilisés en fonction des enquêtes particulières et sélectionnés en général de manière inductive.

Dans cette nouvelle donne salariale et sociale, de nouvelles formes d’emploi s’inventent partout dans le monde, visant à concilier contraintes, aspirations et évolutions des rapports de pouvoir. Mais comment ces nouvelles formes d’emploi arrivent-elles à concilier ces nouvelles tendances ? Quels discours les enveloppent et les contredisent ? Comment ces nouvelles formes d’emploi sont vécues ? Quelles formes de subjectivités et de sujétion entrainent-elles ? Quels sont les acteurs qui émergent et ceux qui déclinent ? Par quelles méthodes, la recherche peut-elle capter toutes ces dimensions ? Quelles variantes émergent, en particulier en Europe et dans les pays dits émergents ?

Nous privilégions la méthode par affect. Cette méthode permet de saisir le vécu des informants au plus près. En effet, les informants ont tendance à naturaliser les situations qu’ils vivent, reprenant les discours ambiants. Kathleen Stewart ou Alfonso Lingis moblisent cette méthode. En prenant pour point de départ ce qui nous affecte lorsque nous côtoyons ceux qui vivent ces situations au quotidien, dans leur activité ordinaire, en nous étonnant de ce qui semble ne pas coller avec les discours majeurs, nous nous donnons la possibilité de faire surgir la réflexion à partir de ce qui dérape, de ce qui ne peut être dit, afin de décaler nos regards habituels et penser les situations dans ce qu’elles ont de douloureux, de paradoxal, de refoulé et d’imaginaire. L’effort de réflexivité ainsi impliqué devrait permettre de croiser l’approche sociologique avec une réflexion éthique, engagée et proche des acteurs.